L’Empire des Images

Manifestations symptomatiques du XXIème siècle

Le cybersexe

 

Nora Guerrero de Medina

NEL – Guayaquil

 

banksy1-620x- Comment ça va? – Rita soupire – Imaginez-vous que je porte une chemise et rien d’autre. Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez.

Rita m’a dit, de cette façon, qu’elle actuellement commence des rencontres sexuelles sans romantisme et avec beaucoup de réalité virtuelle. Elle a fait de l’ordinateur son compagnon anonyme pour satisfaire ses fantasmes les plus intimes.

– Je voudrais votre aide pour mettre une limite au cybersexe. – elle m’a dit. – Je ne veux pas me transformer en une personne qui n’ait du plaisir qu’avec un ordinateur. Ce plaisir me semble triste parce qu’il est l’expression ultime de la solitude.

L’Internet, le réseau informatique qui relie les ordinateurs dans le monde entier, est aussi devenu le refuge et le point de rencontre pour des sujets éminemment solitaires attachés au drame de l’amour et du sexe.

Il y a de nombreux services que l’Internet offre à sa large clientèle: des hommes et des femmes se rencontrent pour réaliser leurs fantasmes sexuels après juste une simple pression sur un bouton ou via une adresse email.

La science, à travers ses multiples objets, chaque jour offre de nouvelles possibilités de plaisir ou jouissance à l’insatisfaction humaine éternelle. Je me demande même si l’Internet peut offrir désormais une assistance technique pour le fantasme singulier de chaque sujet, qui à son tour produit de nouveaux symptômes, de nouvelles formes de souffrance qui caractérisent la subjectivité de notre temps. Et comment peut-on définir la subjectivité de notre temps?

Il y a une articulation très précise entre l’expérience analytique et la susmentionnée subjectivité de notre temps. Ce que la clinique actuelle nous montre c’est un temps actuel envahi par des objets pour produire de la jouissance, ce qui semble affronter le sujet d’une manière jusque-là inconnue avec l’incompatibilité d’une jouissance excessive présente dans le symptôme et la condition essentielle désirante des humains. Lorsque nous parlons de symptômes au moment actuel cela signifie extraire un terme qui apparaît dans le dernier enseignement de Lacan et qui traite le symptôme non plus par son rapport au symbolique, comme dans ses premiers séminaires, mais comme ce qui vient se mêler aux trois enregistrements: l’imaginaire, le symbolique et le réel, et, à partir de son homologation dans le nœud borroméen, il vient de situer la place du nom-du-père.

En général, nous pouvons indiquer que le symptôme a toujours la même structure: il est signifiant et jouissance; il est l’enveloppe signifiant au bord de la substance jouissante. La variabilité de la présentation des symptômes correspond à la variété des enveloppes formels structurellement vides, ce qui exige la présence nécessaire du symptôme comme suppléance de jouissance parce qu’il est à la place de ce que n’existe pas.

Revenons à la clinique: Rita et sa demande d’aide. Elle arrive à moi juste deux semaines avant de voyager aux États-Unis pour faire des études dans une université. Elle dit qu’elle a beaucoup peur: une peur d’avoir des échecs si elle n’arrive pas à résoudre certaines difficultés qui se présentent dans ce qu’elle nomme la « poursuite de la sexualité ».

Rapidement, Rita parle sur son sujet d’intérêt et dit qu’à l’âge de 12 ans elle a fait un acte d’exhibitionnisme. Devant sa maison il y avait un chantier avec de nombreux travailleurs de la construction civile. De sa fenêtre elle pourrait les voir et être vue. Pourtant elle a décidé de prendre une douche. Toute nue, elle s’est habillée devant ses yeux.

– Je ne sais pas ce qui m’a mobilisé pour faire cet acte de me montrer nue devant des inconnus. Ces hommes anonymes m’ont regardé avec attention et ça m’a fait du plaisir.

Donc j’ai souligné sa phrase: « Je ne sais pas pourquoi ».

Elle a sourit et m’a dit:

– Eh bien, c’était mon désir. C’était pour vivre un fantasme sexuel comme on le voit dans les films. J’ai tous les types de fantasmes sexuels. – Rita a ajouté. – Ce qui est le plus réitératif est d’avoir des rapports sexuels avec des personnes que je ne connais pas. Un homme quelconque.

Rita a continué à raconter des scènes qui dessinaient un modèle pour ses fantasmes sexuels.

La scène d’exhibitionnisme, la présence insistante de l’objet du regard, la séduction d’un sujet adulte et elle encore petite étaient à Rita des scènes typiques. Depuis lors elle a fonctionné encore plus comme une matrice fantasmatique à ses pratiques sexuelles.

Je veux faire une observation. Au cours des entretiens j’ai aperçu que Rita racontait ses expériences sexuelles, soit quand enfant, soit quand adulte, sans se montrer écrasée, embarrassée par les « terribles choses qu’elle avait fait ou fait encore » selon ses propres mots. Par contre, elle semblait sentir une satisfaction unique comme si elle avait trouvé une jouissance particulière en signalant ses exploits sexuels à l’analyste. La jouissance était dans son récit. La jouissance était déjà présente lorsque Rita m’a fait l’observation suivante:

– Je suis fascinée de parler de tout ce que je fais et maintenant je ne peux pas raconter ces expériences à personne parce que les autres pourriront penser du mal de moi.

– Oui. – je lui ai dit. – Mais maintenant tu me les racontes.

 

Traduction du portugais : Adriano Messias