Le sujet, l’objet et le corps: qui est-ce qui parle?

Résonances: le corps parlant et la fin d’une analyse

Marcus André Vieira

 

imagem_texto_marcus_andreL’impact des images et le corps parlant

Je commence ce texte à partir du thème de la prochaine Rencontre américaine « L’empire des images ». Nous pouvons opposer « l’empire des images » au « corps parlant ». La première expression est dirigée à ce que nous appelons habituellement « la ville », en proposant une lecture: nous vivons l’empire des images. La seconde, plus énigmatique encore, est dirigée à notre communauté. Elle nous invite à faire progresser notre compréhension sur la façon dont l’analyste doit situer sa pratique dans ce moment de la civilisation, en concentrant cette pratique sur l’inconscient comme un corps parlant plutôt que comme un message crypté.

Voilà la proposition de J.-A. Miller, le vecteur de notre communauté: aujourd’hui l’inconscient apparaît beaucoup de fois comme un corps parlant et pas comme l’Autre scène.

Comment sont les jours actuels? Le thème de l’ENAPOL nous en aide. Il indique, en premier lieu, que notre civilisation a fait son choix en mettant les pouvoirs de la parole soumis à l’imaginaire. Donc, je comprends l’idée d’« empire » aujourd’hui radicalement différente de celle de l’empire du père, bien plus une massive présence d’images avec son exigence surmoïque de subordination. La référence dans ce cas c’est le livre Empire d’Antonio Negri et Michael Hardt, et aussi la biopolitique de Deleuze.

En termes lacaniens, je dirais qu’actuellement nous vivons dans l’imaginaire «comme si» le symbolique n’existait pas. C’est le monde des images prises comme le réel et pas comme des signifiants. Ce monde, avec ses certitudes immédiates, règne sur le temps linéaire des récits avec leurs certitudes conquises.

Voilà un exemple: la façon dont nous traitons les examens d’images cérébrales. Ses images sont prises comme si elles étaient réelles. Autrefois il y avait une discussion diagnostic entre pairs pour décider ce que les « taches » aux examens voulaient dire. C’était dans le contexte de ce récit clinique que les images gagnaient la fonction de représenter un réel. Les images pouvaient être une icône du réel mais toujours dans un récit qui pourrait les traduire comme des indices d’une maladie.

Aujourd’hui, les images sont prises comme le propre réel, sans discussion, parce que le diagnostic n’est plus une production discursive. Ses éléments de composition ont tendance à être traités par l’ordinateur. D’abord ils vont effectuer le diagnostic.

À l’autre extrémité, la psychanalyse ne cesse pas de démontrer comment une image (dans un rêve, par exemple) peut être prise dans un « jeu de dire » dans la structure du signifiant. Dans ce cas, elle pourra signifier beaucoup plus de ce qu’elle indique. À cause de cela elle s’ouvre à la dimension de l’énigme. La référence dans ce cas c’est la conférence SIR de Lacan. En 1953, il a déjà défini: « (…) seulement est un matériel pour l’analyse cet élément qui peut signifier autre chose que lui-même ».

Mais pour cela il faut y avoir un espace pour l’énigme. Il faut avoir un vide dans le savoir, un point aveugle dans la structure. Aujourd’hui, quand tous considèrent qu’il n’y a plus d’impossible pour la science, il est difficile de faire quelqu’un s’ouvrir à la dimension de l’énigme. Et, sans l’énigme, comment raconter une histoire? L’Autre du discours et du récit nécessite ce point de trou. Est-ce que l’échec des récits par le crépuscule du manque des récits, du désir e du trou serait aussi l’échec de la psychanalyse?

 

Le corps parlant

L’inconscient n’a été jamais juste un discours du sexuel refoulé. Si nous plongeons dans notre histoire comme nous le faisons dans une analyse, nous allons rencontrer toujours quelque chose qui parle sans être. Cependant, c’est un récit, un discours articulé. Des scènes, des fragments de scènes d’odeurs et d’images: l’inconscient n’est pas toujours l’Autre scène (avec une structure enchaînée similaire à celle de la conscience). Il est plutôt une altérité absurde enchaînée, mais toujours langagière dont Lacan a appelé lalangue.

C’est ce que l’expression « le corps parlant » vise à souligner avec une prise de poids: donner lieu à l’expérience de la langue avant la langue. Il ne s’agit pas d’un ciel d’idées, mais d’une expérience du corps, ou plutôt d’un corps « pré-corps », puisque le corps est habituellement l’espace d’une unité et nous parlons maintenant de quelque chose d’essentiellement multiple. Alors, on n’expérimente pas forcément le corps parlant une fois qu’une expérience implique une subjectivation par moyen d’un moi très rangé. Par conséquent, nous disons, avec Lacan et Miller, que le corps parlant comme un lieu de lalangue ne s’expérimente pas. Il ne fait que se présenter. Il est vécu comme un événement, comme un « événement de corps ».

En d’autres termes: une analyse implique toute une série d’expériences corporelles (des madeleines de Proust jusqu’au malaise causé par un mauvais souvenir) vécues par un moi dans son corps, en réponse au matériel inconscient. Mais elle implique aussi des événements corporels qui ne sont pas venus de l’ego et de son corps, mais de quelque chose qui perturbe une fois qu’il ne s’agit pas, dans ce cas, de l’expérience d’un Autre affectant le corps, mais du parlant du corps qui vibre et produit un événement. C’est le parlant de lalangue qui fait vibrer quelque chose de corporel. Cependant, il ne s’agit pas d’un organe corporel: ça se passe beaucoup plus « entre des organes », en utilisant la célèbre expression de Freud pour localiser l’inconscient.

 

 

Traduction du portugais : Adriano Messias