Le thème qui nous invite à la VIIème ENAPOL met à jour le paradoxe du miroir: son état de support de l’identification mais aussi d’objet qui provoque l’angoisse. Cela est ancré dans les deux faces du drame du miroir que Lacan développe dans son texte de 1949[1], et duquel les cliniques de la névrose, des anorexies-boulimies, des psychoses et, pourquoi pas, des expériences avec des adolescents nous offrent des témoignages.

Il s’agit d’un moment critique qui rend possible le pliage des dimensions du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire. C’est aussi un moment de structuration où le triomphe de l’infans c’est sa reconnaissance dans une image de soi-même. Cela devient aussi paradoxal parce que l’image de ce corps qui est reconnu dans le miroir n’est pas la plus appropriée: elle vient de l’Autre, de l’image de l’autre qui est reconnu avant de la sienne. C’est une opération libidinale: la circulation de la libido qui signifie la perte de jouissance – jusqu’à ce moment-là il s’agissait d’une jouissance accomplie, autoérotique. Mais aussi c’est une condition pour que l’image se soutienne et puisse faire d’un corps fragmenté – le réel du corps en fragments – une unité formelle et imaginaire. Tel est le paradoxe: « L’image dans son externalité est un constituant qui concerne l’être du sujet »[2].

Sans doute, dans notre pratique nous trouvons des événements du corps qui révèlent un échec, une rupture du rapport de l’être parlant avec l’image narcissique de lui-même. Certaines anorexies sont des expériences de perte du corps quand il n’est pas reconnu comme son propre corps. Il s’agit d’un problème fondamental dans la constitution narcissique de cette image qui se démontre insuffisante pour maintenir ensemble les enregistrements du Symbolique et du Réel. Pourtant elle est insuffisante comme un support identificatoire.

« Une image de dévastation [ravage dell’imagine] qui permet au corps de se faire présent dans son pur statut d’objet a »[3]. Par conséquent, le pulsionnel revient de l’extérieur comme l’imperfection de l’image, en révélant la difficulté de symboliser la véritable dimension du corps réel. L’image du corps mince nous permet d’aborder une différence entre la clinique des névroses et ce qui démontrent les différents cas d’anorexie. Dans le premier cas, cette image peut jouer en tant que signifiant du désir de l’Autre, en faisant du semblant ce qui vient à la place de l’absence du phallus pour entrer dans la dialectique désir-jouissance. Et nous connaissons bien l’engagement de notre temps de cultiver la figure mince à travers les divers traitements qui incluent les régimes alimentaires, les exercices physiques, les chirurgies. Toutefois, ce corps mince peut incarner une passion – quelque chose qui n’est pas étrange à l’anorexique contemporaine – et en tant que tel il est un témoin de l’attachement narcissique, de la fascination mortelle avec l’image spéculaire de soi-même qui, dans la minceur, incarne un idéal de beauté qui se sépare du corps sexuel et se met au centre de l’objet du regard, pas pour provoquer le désir de l’Autre – si familier à l’hystérique – mais pour causer de l’angoisse de l’Autre.

Plus radicales encore sont les cas d’anorexie psychotique où il n’y a pas « seulement la jouissance du vide, mais aussi une forme de traitement du vide, du risque psychotique d’une dissolution de l’image du corps »[4]. Exactement où l’on éprouve la rupture du lien imaginaire entre le corps et le sujet il y a une particularité dans l’anorexie psychotique dans laquelle les os gagnent de l’importance sur l’image narcissique. Cependant cela est insuffisant pour former le corps et donner de l’identité au sujet. Au lieu de cela, la vision des os dans l’extrême minceur apaise le psychotique parce qu’elle lui sauve de l’angoisse devant la décomposition du corps. Le corps-os, le corps-squelette se transforme en objet, donne de la consistance au corps, « singularise le sujet parce que le corps anorexique ne se laisse pas être fertilisé par le symbole. Voici son stérilité fondamentale »[5].

En les nommant comme des images reines, J.-A. Miller a désigné le corps propre, le corps de l’Autre et le phallus comme des images que « survivent dans le monde des images en psychanalyse »[6]. Toutes elles forment le corps et donc « sont le lieu où l’imaginaire se lie à la jouissance »[7] chaque fois qu’on les transforment dans des signifiants. Voilà pourtant la pierre d’achoppement, y compris l’échec dans quelques-uns des exemples cités.

 

Traduction en français : Adriano Messias

[1] LACAN, J. O estádio do espelho como formador da função do Eu. In: Escritos. Rio de Janeiro: JZE, 1998, p.96.

[2] RECALCATI, M. (2003). Clínica del vacío. Anorexias, dependencias, psicosis. Madri: Síntesis, 2003, p. 80.

[3] RECALCATI,, M. Op. cit., p 54.

[4] RECALCATI, M. Op. cit., p. 72.

[5] RECALCATI, M. Op. cit., p. 64.

[6] MILLER, J.-A. A imagem rainha. In: Lacan Elucidado. Rio de Janeiro, JZE, 1997, p. 587.

[6] MILLER, J. A. Op. cit., p. 585.