portadacdEn Colombie, le conflit armé possède le trait décrit par Laurent à propos des guerres de notre siècle: il est ordinaire et généralisé. Pendant 50 ans il est resté invisible à l’Autre en dépit de son état d’omnivoyeur.

L’agence ONU pour les réfugiés (UNHCR) nous montre que la Colombie est le pays du monde avec le plus grand nombre de déplacements territoriaux internes forcés par les conflits armés: plus de 5.000.000 de Colombiens qui font partie des communautés autochtones, afro-descendantes et des familles de paysans abandonnent leurs terres sous la contrainte des armes pour répondre aux fins économiques de ceux qui privatisent la violence – la guérilla, les paramilitaires et les gangs de trafic de drogues. Bien que les statistiques soient accablantes et veulent chiffrer ce qui retourne dans le Réel, il n’y a pas d’enregistrement au symbolique: l’État dans sa faiblesse et de l’Autre social dans son indifférence démentent le trou que l’interdiction montre dans la structure socio-économique et politique du pays. Qu’est-ce que l’œil absolu ne regarde pas? Selon G. Wajcman, c’est ce qui a l’intention de rendre visible tout le Réel.

Les personnes déplacées en Colombie vivent comme de mendiants. Elles errent dans les villes les plus importantes entre le consentement de l’Autre et le refus de la dimension politique du conflit armé par l’Etat, ce qui offre un traitement équivalent à celui des situations de catastrophes naturelles. Mais l’invention des paysans déplacés de la ferme Las Pavas, au sud de l’État Bolivar, dans le Nord-Est de la Colombie, est surprenant: 123 familles vivent depuis 45 ans en 1300 hectares appartenant au baron de la drogue Pablo Escobar. Après le premier ordre d’évacuation donné par des paramilitaires, ils ont répondu avec la création d’une association et du retour à la culture de la terre, jusqu’au moment où ils ont été une fois plus expulsés par les trafiquants de drogue qui ont vendu leurs immeubles à une société dédiée à la culture d’huile de palme. Cette entreprise a causé la troisième expulsion ou déplacement devant l’aveuglement des organes de l’Etat.

En 2011, ces familles sont retournées à la ferme Las Pavas pour la troisième fois. Sous la pression et les menaces constantes, elles ont maintenu leur lutte pacifique en chantant leurs histoires avec des paroles qui racontent comment elles s’organisent contre le Réel en jeu.

Ces ménestrels ont inventé une manière de fixation dans le dicible. Ils n’ont pas eu envie d’être des corps inscrits sous les nominations de l’État et qui souhaitaient nommer l’innommable. Au lieu de cela, ils ont voulu être des corps enregistrés en faisant bordure avec lalangue dans ce trou du Réel. Avec leur musique et leur lutte pour que l’État leur accordent le titre de propriété des terres, et encore avec leur retour constant, ils ont subverti l’ordre de fer établi en raison de la faiblesse de l’État. Ils ont su comment transformer le traumatique dans un acte politique, sans renoncer à leur dignité d’êtres parlants, sans céder à leur désir, sans rester comme de victimes dans la position d’objet de jouissance de l’Autre. En 2013 ils ont reçu le Prix national pour la paix à travers le Programme de développement des Nations Unies (PNUD) en raison de l’effort de protection du patrimoine culturel et de la mémoire historique de leur communauté.

 

Je remercie le Museo Casa de la Memoria de Medellín en raison des documents offerts à moi et à mes collègues du Cartel de NEL Acción lacanienne, et de la discussion de ce produit.

 

Références

Bassols, M., Victimología, PIPOL 7, “Victime!”, Bruxelles, juillet 2015, Source: http://miquelbassols.blogspot.com/

Laurent, É., A violência nas cidades, XX Encontro Brasileiro do Campo Freudiano EBP, Trauma nos corpos e violência nas cidades, Source: https://www.youtube.com/watch?v=ij_iUt-Kq-M

Wajcman, G. Panóptico Íntimo. In: Scilicet A ordem simbólica no século XXI – Não é mais o que era. Quais as consequências para o tratamento, Belo Horizonte: Scriptum, 2011, p. 282-284.

 

Traduction du portugais: Adriano Messias