Selon les trois axes thématiques originés de l’argumentation qui regroupe les collègues basés dans les trois Écoles de l’Amérique, la VIIème ENAPOL nous invite à étudier la manière dont s’organisent aujourd’hui les trois perspectives, lesquelles doivent être interrogées d’une façon plus approfondie et intimiste afin de garder vivante la psychanalyse d’orientation lacanienne au XXIe siècle.

Explorer les impasses actuelles de notre civilisation pour tenir compte de leur impact sur la transformation de la clinique avec laquelle chaque psychanalyste doit se confronter – que ce soit dans le cabinet ou dans les plusieurs arrangements institutionnels -, revoir nos concepts pour essayer de cerner avec plus de précision ce que nous effectivement faisons, et aussi partager les résultats à partir de cela sont des actions qui vont côtoyer lors de la Rencontre à São Paulo les jours 4, 5 et 6 Septembre.

Pourtant, allons envisager un peu quelques questions pour lesquelles la Rencontre nous convoque.

Il est incontestable que le titre “L’empire des images” est une manière précise de caractériser l’un des aspects les plus notoires de la réalité effective dans laquelle nous développons notre pratique psychanalytique aujourd’hui. Nous ne disons rien de nouveau quand on déclare que les possibilités incroyables réalisées au marché des images par les nouveaux dispositifs des technosciences ont transformé radicalement en quelques années le monde dans lequel nous vivons. Donc il s’agit de se demander en tant que des psychanalystes quels sont les nouveaux symptômes qui accompagnent cette démarche.

À cet égard, nous notons qu’en même temps que le sujet contemporain semble avoir à portée de main en tout temps et à de nombreuses fins différentes toutes les images qui lui viennent, nous observons dans notre clinique une difficulté croissante de type «boule de neige» de l’Imaginaire du corps. Il faut étudier pourquoi la clinique semble montrer que les corps informent quelque chose qui fait obstacle justement dans une civilisation qui développe triomphalement toutes ces possibilités étonnantes dans le terrain des images.

En ce sens, une question me semble importante: à partir de l’expression «L’empire des images» est-ce que nous comprenons une transformation définissable seulement dans son aspect quantitatif ou il est en jeu quelque chose de plus inquiétant? Miller a souligné que la volonté en jeu qui fonctionne derrière cet empire transmet une logique qui est toujours d’incitation, d’intrusion, de provocation et de forçage par rapport à quelque limite qui veut s’opposer (1). Lorsque nous répétons que l’impact de l’ensemble du discours de la science et de l’effet du discours capitaliste sur les groupes sociaux implique structurellement la remise en cause de tout ce qui autrefois occupait la fonction de ce que Lacan a appelé les Noms-du-Père, nous ne faisons pas de la sociologie psychanalytique. Contrairement, nous voulons justement parler des questions tangibles dans notre pratique quotidienne.

Pour étayer cette affirmation il faut d’abord faire une spécification. Nous devons distinguer la manière vraiment singulière dans laquelle habite cette instance de jouissance répétitive dans chaqu’un, et qui a fait Freud postuler l’existence de la pulsion de mort, des modes collectifs de jouissance qui ont développé, construit et soutenu les groupes humains depuis des siècles et qui sont dérivés en traductions, en savoirs sédimentés, etc. (2). Avec Lacan on a appris à les nommer «les Noms-du-Père» qui, en retour, incarnent dans chacune des différentes cultures la dimension du grand Autre à laquelle chaqu’une concerne. Ces modes de jouissance assument déjà une façon de faire quelque chose avec cette instance de jouissance répétitive, par définition opaque et déroutée, étant donnée l’absence de la furmule du rapport sexuel.

Devant chaque nouvelle invention qui provient du discours de la science, son inclusion dans les marchés ne peut faire table rase qu’avec les organisations culturelles précédentes qui, ainsi, démontrent leur statut de semblant. En prenant un exemple, nous pouvons supposer que les modes qui prévoyaient la rencontre entre les sexes pourraient être exemptés des incidences de l’effet Tinder?

Ensuite, nous pouvons dire que le type d’image qui se rend «empire» sous la promesse de l’impossible is nothing est une parfaite illustration de ce que Mauricio Tarrab a posé comme la matrice opérationelle derrière cet empire (3). Devant l’empire, le sujet contemporain est de plus en plus seul et sans ressources face aux affrontements avec le Réel.

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Selon Éric Laurent a indiqué plusieurs fois, Lacan a conclu précisément que Freud est arrivé à une époque dans laquelle il ne restait que le symptôme comme ce qui vraiment comptait pour chaqu’un parce qu’il interroge sur ce qui bouleverse le corps.

Eh bien, nous devons d’abord nous situer dans ce même mouvement qui on a décrit vivement avec autant de précision.

Notre pratique, définie ou non dans ce mouvement, nous invite à confronter le sujet en mettant en perspective les idéaux avec lesquels chaqu’un rêve pouvoir enfin se normaliser avec la même instance répétitive qui résiste à l’opération de déchiffrement et qui démontre que chaqu’un est habité par des marques singulières qui sont le produit de la vraie rencontre entre lalangue et le corps, et induisent une jouissance parasitaire qui ne manquerait pas et qui structurellement désordonne le rêve de la jouissance supposé dans sa nature corporelle.

Selon Lacan: “Le symptôme est la rupture de l’anomalie dans laquelle consiste la jouissance phallique dans la mesure où sur lui se déroule en grande partie le manque fondamental qui je qualifie comme un non rapport sexuel”. Et Lacan ajoute: “Que la jouissance phallique devienne anormale à la jouissance du corps c’est quelque chose que l’on a remarqué très souvent” (4). Il faut rappeler brièvement l’itinéraire de notre formation: des spécularités de l’Imaginaire aux pouvoirs du Symbolique articulés à l’univers des règles. Des pouvoirs du Symbolique à sa faiblesse devant le Réel de la jouissance qui résiste et qui le sens ne fait qu’augmenter.

Pourtant, nous nous mettons à discuter certaines questions fondamentales.

Ce n’est que ce Réel qui nous guide? Donc, le désir de l’analyste est un pur désir? Je me souviens à propos de ce point d’une indication précise de J.-A. Miller.

Si elle se contentait à s’apparier avec les exigences libidinales du symptôme, la pensée du psychanalyste, quand elle arrive dans la zone dans laquelle l’interprétation languit, dans cette zone d’analyse où nous expérimentons la paralysie, on courrait le risque d’être aspiré, fasciné, captivé, immobilisé par cet aspect du symptôme qui papelarde (5).

En face de cela il faut ne pas oublier qu’à la fin de son enseignement Lacan demande d’une nouvelle façon l’enregistrement de l’Imaginaire notant qu’avant du sans limites de la poussée à la jouissance qui habite chacun de nous, la seule limite réelle n’est pas donnée par le Nom-du-Père mais par la manière dont chaque corps trouve la façon de garder enroulées ses trois consistances.

En honorant la terre qui nous accueillera en Septembre, je prends deux brèves références: deux témoignages d’AE: un de Ram Mandil et l’autre de Marcus André Vieira.

Ram Mandil est à la fin de son analyse et il porte une image très particulière extraite des trois photographies de son père dans un camp de concentration. En toutes les images il apparaît torse nu avec le corps squelettique, mais toujours souriant. Mandil souligne ainsi qu’est-ce que ces images lui évoquent: “sous l’ombre de la mort, le sourire de la vie”. Puis il raconte à son analyste: «Aimer la vie, faire de ma vie mon partenaire… voilà pour moi un nouveau nom-du-père, une nouvelle sinthoma. C’est tout!”(6).

Marcus André Vieira se réfère également à l’apparition inattendue d’une image qui n’apparaît qu’à la fin de son analyse: “Dans l’un des derniers rendez-vous je vois comment l’analyste rit en montrant les dents. Je ne l’avais jamais remarqué. Je me rappelait de son sourire, mais pas de son rire”. En commentant cette observation il m’a offert ce que j’ai pris comme un dernier cadeau et me fait rappeller le sourire du chat d’Alice pour indiquer ce qui reste de l’analyste à la fin. Ce sourire dont je porte avec moi et qui est écrit maintenant sur moi sera toujours un rire pour moi, tout plein de dents, de morsures… “(7).

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Nous pourrions dire que chaqu’une de ces images vaut mille mots. Et cela sera toujours une vérité de menteur. Cependant, nous devons obéir à Wittgenstein et dire que ce qui ne peut pas être dit doit se taire? Ou il s’agit à chacun d’eux de montrer quelque chose que par définition ne peut que passer dans un champ en dehors du Symbolique?

Est-ce que Lacan n’a pas mis entre l’Imaginaire et le Réel une référence énigmatique à une Autre jouissance qui s’appelle Jouissance de la vie? Qu’est-ce que ces références sur l’efficacité de la pratique analytique aujourd’hui nous enseignent?

 

  1. MILLER, J.-A. El inconsciente y el cuerpo hablante. Disponible sur le site: wapol.org.
  2. MILLER, J.-A. Extimidad. Buenos Aires: Editorial Paidós, 2010, p. 52.
  3. TARRAB, M. El ojo bulímico y el lobo. In: Flash 04. Disponible sur le site: oimperiodasimagens.com
  4. LACAN, J. La tercera. In: Intervenciones y textos 2. Buenos Aires: Ediciones Manantial, 1991.
  5. MILLER, J.-A. El lugar y el lazo. Buenos Aires: Editorial Paidós, 2013, p. 305.
  6. MANDIL, R. Conjunto vacío. In: Revista Lacaniana de Psicoanálisis, n. 15. Buenos Aires: Grama Ediciones, 2013, p. 92.
  7. VIEIRA, M. A. Primer Testimonio. In: Revista Lacaniana de Psicoanálisis, 14. Buenos Aires: Grama Ediciones, 2013, p. 92.

Traduction du portugais au français : Adriano Messias